
La cinquième journée de la Climate & Energy Week 2026 a servi de passerelle entre les enseignements de la semaine et les prochaines négociations internationales sur le climat, la biodiversité et la désertification. Elle a réuni des institutions publiques, des représentations diplomatiques, des organisations de la société civile et des partenaires autour d’un même objectif : transformer les réalités vécues dans les territoires en positions capables d’influencer les décisions internationales. Emmanuel Seck a rappelé que la Semaine constitue un véritable espace de dialogue et que l’action climatique, lorsqu’elle répond aux priorités des populations, peut devenir un levier de développement.
Cette dimension politique a été renforcée par les interventions des ambassades de Turquie et de Norvège. À l’approche de la COP31, l’ambassadrice de Turquie a insisté sur le multilatéralisme et la solidarité internationale comme fondements d’une réponse climatique crédible. La Norvège a, pour sa part, rappelé l’importance de transformer la gouvernance et de construire les solutions avec les acteurs concernés, notamment à travers le projet sur la transition juste mis en œuvre avec ENDA ENERGIE. Fadel Diop, au nom d’Oxfam et des partenaires, a réaffirmé cette volonté de collaboration, indispensable pour faire progresser des positions africaines communes.
La préparation des prochaines COP ne peut toutefois pas se limiter à une lecture des agendas de négociation. Les pays africains attendent des avancées concrètes sur la qualité et l’accessibilité des financements, les indicateurs de l’Objectif mondial en matière d’adaptation et l’opérationnalisation des mécanismes de transition juste. Il ne suffit plus de prolonger les dialogues ou de renouveler les engagements. Les moyens de mise en œuvre doivent permettre aux pays du Sud de financer leur adaptation, d’accéder à des services énergétiques propres et de protéger les populations déjà exposées aux sécheresses, aux inondations, à l’érosion côtière et aux vagues de chaleur.
La table ronde consacrée aux enjeux croisés de la COP31 et des deux COP17 a rappelé que les conventions sur le climat, la biodiversité et la désertification répondent à des crises étroitement liées. Mamadou Ngong Touré, rejoint dans cette analyse par Abibou Sané, a utilisé une image particulièrement juste. « Les trois sœurs de Rio ne devraient pas aller l’une sans l’autre. » Une politique climatique qui néglige les terres et la biodiversité risque de déplacer les pressions plutôt que de les réduire. De la même manière, la restauration des écosystèmes contribue simultanément à l’adaptation, au stockage du carbone, à la neutralité en matière de dégradation des terres et à la préservation des moyens d’existence.
Alioune Gory Diouf, ministre de l’Environnement et de la Transition écologique, a rappelé que le changement climatique accélère la dégradation des terres. « Lorsque les terres se dégradent, ce sont les conditions de vie des populations qui changent. » La baisse de la fertilité des sols affecte les rendements, les revenus et la sécurité alimentaire. La disparition du couvert végétal renforce l’érosion, réduit la disponibilité de l’eau et fragilise la biodiversité. Les réponses doivent donc associer restauration des terres, gestion durable des ressources naturelles, adaptation des systèmes agricoles et financement des communautés qui assurent quotidiennement la protection de ces écosystèmes.
Une contribution spécifique a porté sur le rôle de la société civile africaine dans le développement de marchés carbone équitables. Ces mécanismes peuvent soutenir l’action climatique et mobiliser des ressources supplémentaires, mais leur crédibilité repose sur des conditions rigoureuses. Les réductions d’émissions doivent être réelles, additionnelles et mesurables, avec des systèmes fiables de suivi, de notification et de vérification. Les règles de comptabilisation doivent éviter le double comptage, tandis que les droits fonciers, le consentement des populations et les mécanismes de partage des bénéfices doivent être garantis.
Pour l’Afrique, la question n’est donc pas seulement de participer aux marchés carbone, mais de déterminer à quelles conditions cette participation peut financer le développement local sans transférer aux communautés les risques liés aux projets. Les revenus générés doivent soutenir les priorités des territoires, renforcer les capacités locales et couvrir les coûts de suivi sur toute la durée des activités. La possibilité de recourir à des fonds fiduciaires a été évoquée pour sécuriser et redistribuer les ressources. Un tel dispositif n’aurait cependant de sens qu’avec une gouvernance multipartite, des règles d’allocation publiques, des audits indépendants et une traçabilité permettant de vérifier la part qui revient effectivement aux populations.
La restitution présentée par Fadél DIOP d’OXFAM a permis de relire les cinq journées comme les composantes d’un même processus. La connaissance et l’éducation doivent renforcer le pouvoir d’agir. Les conventions de Rio doivent être traduites en interventions coordonnées. L’adaptation menée localement doit être soutenue par une planification et un financement accessibles. La transition énergétique doit produire de la valeur, des compétences et des emplois décents. Enfin, les positions défendues dans les négociations doivent s’appuyer sur des résultats observables dans les communautés.
Le dialogue interactif a ainsi contribué à la co-construction de messages de la société civile sur les enjeux des prochaines COP. Ces positions appellent à une meilleure cohérence entre les engagements internationaux, les politiques nationales et les besoins locaux. Elles insistent également sur la participation significative des collectivités, des femmes, des jeunes, des organisations communautaires et des peuples directement affectés. Leur présence ne doit pas se limiter aux consultations. Elle doit influencer les priorités, les mécanismes de financement, les indicateurs de suivi et l’évaluation des résultats.
La cérémonie de clôture a aussi ouvert une réflexion sur l’avenir de la Semaine Climat et énergie. Samba Dang, député à l’assemblée nationale du Sénégal, a proposé d’évaluer les éditions précédentes avant de retenir la période du 12 au 17 juillet pour la prochaine rencontre. Il a également suggéré d’organiser l’événement dans une zone d’intervention d’ENDA afin de rapprocher les débats des initiatives et d’observer directement les résultats. Une autre recommandation a porté sur l’élargissement de la Semaine et sur une nouvelle articulation entre le marketplace et les panels. Donner davantage de place aux démonstrations, aux solutions communautaires et aux retours d’expérience rendrait les discussions plus concrètes et faciliterait la mise en relation entre porteurs d’initiatives, décideurs et partenaires financiers.
Cette cinquième journée clôt une semaine de discussions, mais elle ouvre surtout un travail de suivi. L’enjeu est désormais de transformer les recommandations en positions communes, les positions en décisions et les décisions en actions visibles. La voix africaine gagnera en influence si elle relie clairement justice climatique, financement, protection de la biodiversité, restauration des terres et transition énergétique. C’est à partir de cette cohérence, construite avec les territoires, que les prochaines COP pourront devenir de véritables espaces de transformation.

La quatrième journée de la Climate & Energy Week 2026 a replacé la transition énergétique dans une perspective plus large que le seul remplacement des énergies fossiles par les renouvelables. Pour le Sénégal, l’enjeu est de construire un système énergétique compétitif et sobre en carbone, tout en soutenant l’industrialisation, la création d’emplois décents et l’accès universel à l’énergie. Cette ambition s’inscrit dans la Vision Sénégal 2050, les contributions déterminées au niveau national, la Stratégie de développement à faible émission de carbone, le Partenariat pour une transition énergétique juste et les orientations sectorielles relatives à l’énergie et aux mines.
Le professeur Cheikh Mouhamed Fadel Kébé de l’ESP a rappelé un principe essentiel. « La transformation, ce n’est pas seulement de la technique. Elle touche les modèles de production, de distribution et de consommation d’énergie ainsi que les rapports de pouvoir qui les sous-tendent. » La transition ne peut donc pas être évaluée uniquement à travers le nombre de centrales solaires installées ou la part des renouvelables dans le mix énergétique. Elle doit également être appréciée au regard de la gouvernance des ressources, de la répartition des bénéfices, de la participation des communautés et de la capacité du pays à maîtriser les technologies mobilisées.
Cette transformation doit partir des réalités locales. Jean Pascal CORRÉA, coordonnateur des programmes à ENDA ENERGIE a insisté sur la nécessité de « valoriser ce qui se passe dans our territories » et de l’inscrire dans les priorités de développement. Les solutions développées par les collectivités, les entreprises locales et les communautés ne doivent pas rester à la périphérie des politiques publiques. Elles peuvent contribuer à l’électrification, à l’efficacité énergétique, à la résilience des activités économiques et à la réduction des émissions lorsqu’elles sont documentées, financées et intégrées à la planification nationale. Les savoirs locaux, comme l’a souligné le professeur Kébé, ont toudays existé. Leur reconnaissance permet d’éviter que la transition soit conçue uniquement à partir de technologies importées et de modèles éloignés des usages réels.
La réflexion sur les minéraux critiques a montré la dimension matérielle de cette transformation. Les batteries, les panneaux solaires, les éoliennes, les véhicules électriques et les réseaux électriques reposent sur des matières telles que le lithium, le cobalt, le nickel, le cuivre, le graphite et les terres rares. Nous utilisons quotidiennement ces ressources sans toudays nous interroger sur leur origine. Or, une part importante provient du continent africain. Un minerai n’est pas critique par nature. Il le devient lorsque son rôle dans une chaîne de valeur est essentiel et que son approvisionnement présente un risque économique, industriel ou géopolitique.
La croissance de la demande mondiale place ainsi les pays africains au centre de nouvelles chaînes de valeur, sans garantir qu’ils en retireront automatiquement les principaux bénéfices. Pour le Sénégal, qui dispose notamment de zircon, de phosphates, d’or, de fer et d’autres ressources stratégiques, la question centrale est celle de la valeur créée sur le territoire. Exporter les matières premières puis importer les équipements finis maintiendrait une dépendance technologique et limiterait les retombées sur l’emploi. L’enjeu consiste à développer progressivement la transformation locale, la fourniture de services industriels, la recherche, la maintenance et les compétences nécessaires à une véritable trajectoire d’industrialisation.
Cette ambition doit cependant rester compatible avec les objectifs climatiques et les exigences de protection de l’environnement. Comme l’a indiqué Demba Gaye, la stratégie minière et la révision du Code minier doivent avancer ensemble. Le cadre réglementaire doit accompagner la vision industrielle, préciser les responsabilités des entreprises et renforcer les garanties environnementales et sociales. Il doit également encourager les exploitations à réduire leurs émissions grâce aux énergies renouvelables, à l’efficacité énergétique, à l’électrification des procédés et à des technologies moins polluantes. La réduction de l’empreinte carbone ne peut pas servir à déplacer les pressions vers les terres, l’eau, la biodiversité ou les communautés riveraines.
La gouvernance des ressources apparaît dès lors comme une condition de réussite. La transparence sur les contrats, les revenus, les bénéficiaires effectifs, les impacts environnementaux et les émissions doit permettre aux citoyens de suivre les engagements et les résultats. Le dispositif de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives constitue une base importante, mais celle-ci doit être reliée aux politiques industrielles, énergétiques, climatiques et territoriales. La cohérence entre ces différents cadres évitera que les objectifs de production, de décarbonation et de développement local évoluent séparément.
Le deuxième panel a interrogé le financement de cette transformation dans un contexte marqué par le poids de la dette et le coût élevé du capital dans les pays du Sud. Une transition reposant principalement sur des emprunts coûteux pourrait améliorer les infrastructures énergétiques tout en réduisant les marges budgétaires nécessaires à la santé, à l’éducation ou à la protection sociale. Les partenariats doivent donc répartir les risques de manière plus équitable, mobiliser davantage de ressources concessionnelles et orienter les financements privés vers des investissements conformes aux priorités nationales. La sobriété carbone suppose, en parallèle, de réduire les pertes, d’améliorer l’efficacité des systèmes et d’éviter des choix technologiques surdimensionnés ou inadaptés aux besoins.
La qualité des partenariats sera aussi déterminante que les volumes financiers mobilisés. Un partenariat réellement stratégique ne peut se limiter à l’extraction d’une ressource ou à l’achat d’un équipement. Il doit prévoir le transfert de technologies, le développement de fournisseurs nationaux, la formation des travailleurs, le soutien à la recherche et une participation équitable des acteurs locaux. Les pays producteurs doivent pouvoir négocier leur place dans les chaînes de valeur, plutôt que d’assumer les impacts environnementaux, tandisque l’essentiel de la transformation industrielle et des revenus se concentre ailleurs.
Le dialogue sur les emplois durables a enfin rappelé qu’une transition peut créer de nouvelles activités tout en fragilisant certains métiers. Les effets de l’automatisation, de l’évolution technologique et de la restructuration des secteurs doivent être anticipés. Il ne suffit pas de compter les emplois annoncés. Il faut examiner leur stabilité, leur rémunération, leurs conditions de sécurité, leur couverture sociale et leur accessibilité aux femmes et aux jeunes. La cartographie des compétences, l’adaptation de la formation professionnelle, la reconversion des travailleurs et le dialogue social doivent précéder les transformations, plutôt que d’intervenir après les pertes d’emploi.
Cette journée nous aura finalement appris qu’une transition juste ne consiste pas seulement à produire une énergie plus propre. Elle doit permettre au Sénégal de renforcer sa souveraineté énergétique, de transformer davantage ses ressources, de réduire l’empreinte carbone de ses industries et de créer des emplois de qualité. Si les minéraux nécessaires aux technologies de demain proviennent en grande partie d’Afrique, leur exploitation doit aussi contribuer au développement du continent. La réussite se mesurera donc à la capacité de convertir les ressources naturelles en compétences, en valeur locale, en services énergétiques accessibles et en améliorations concrètes pour les communautés.

La troisième journée de la Climate & Energy Week 2026 a été consacrée à l’adaptation, priorité stratégique pour les pays les moins avancés. Au Sénégal, l’avancée de la mer, les inondations, la salinisation, le déficit pluviométrique et les vagues de chaleur fragilisent déjà les écosystèmes, les infrastructures et les moyens d’existence. Dans son propos d’ouverture, Aïssatou Diouf d’ACF a rappelé un paradoxe préoccupant. Malgré l’accumulation de connaissances, de stratégies et d’expériences, la vulnérabilité continue de s’aggraver dans de nombreuses zones. Le défi n’est donc plus seulement d’identifier des solutions, mais de créer les conditions politiques, institutionnelles et financières permettant leur mise en œuvre.
Les échanges ont d’abord montré que l’adaptation menée localement ne doit pas être considérée comme une approche supplémentaire. Elle suppose une transformation de la manière de planifier l’action climatique. Les communautés ne peuvent plus être réduites au rôle de bénéficiaires et les collectivités à celui d’exécutantes. Elles doivent participer à l’identification des risques, à la définition des priorités, aux décisions budgétaires et au suivi des résultats. Cette évolution implique également une redistribution plus équilibrée du pouvoir entre les institutions nationales, les autorités locales, les organisations communautaires et les partenaires techniques.
Les expériences présentées ont donné un contenu concret à cette approche. À Malicounda, les initiatives « Malicounda ville propre et verte » et « École verte durable » s’appuient sur l’école pour développer l’éducation environnementale, améliorer la salubrité et l’accès à l’eau, tout en faisant évoluer les comportements. À Thiaroye, l’utilisation de données produites avec les populations permet de mieux documenter les inondations, l’avancée de la mer et la dégradation de la bande de filaos. À Thiès Nord, l’accompagnement porte sur l’action anticipatoire, les systèmes d’alerte précoce inclusifs et la préparation des quartiers exposés pendant l’hivernage. Ces initiatives démontrent que les connaissances locales peuvent améliorer la qualité des plans d’adaptation lorsqu’elles sont reconnues, structurées et reliées aux mécanismes de décision.
Cette capacité à anticiper devient déterminante. Comme l’a justement exprimé Julie Cissé, « l’eau n’est pas notre ennemie ; nous devons aussi apprendre à vivre avec elle ». Il ne s’agit pas de banaliser les inondations, mais de dépasser une réponse uniquement centrée sur l’urgence. L’aménagement urbain, les infrastructures, les systèmes d’alerte et les dispositifs de protection sociale doivent être conçus à partir des risques actuels et futurs. La territorialisation du Plan national de contingence multirisque élaboré en 2025, l’intégration de l’action anticipatoire et le renforcement du dispositif ORSEC constituent à cet égard des avancées importantes.
La planification reste cependant fragmentée. L’un des principaux enseignements de la journée est la nécessité d’articuler les Plans nationaux d’adaptation, les Plans climat-énergie territoriaux et les principes de l’adaptation menée localement. Sans cette cohérence, les initiatives communautaires risquent de rester isolées, tandis que les documents de planification peuvent demeurer sans traduction budgétaire. Planifier doit permettre de hiérarchiser les investissements, d’adapter les infrastructures aux fortes chaleurs et aux inondations, puis de mobiliser les ressources correspondant aux priorités établies.
Le deuxième panel a replacé les pertes et dommages dans cette réflexion. Dans certaines zones, l’intensification des aléas dépasse déjà les capacités d’adaptation. Reconnaître cette situation ne signifie pas renoncer à prévenir les risques. Cela oblige plutôt à élargir la réponse aux pertes économiques, comme la destruction des habitations, des infrastructures, des terres et des revenus, mais aussi aux pertes non économiques touchant les savoir-faire, le patrimoine culturel, la biodiversité, l’identité et la cohésion sociale. Le cas de Bargny, confronté à l’érosion côtière, ainsi que les conséquences intergénérationnelles des sécheresses des années 1970 montrent combien les phénomènes lents restent difficiles à documenter.
L’accès aux mécanismes internationaux dépend pourtant de cette capacité à produire des données fiables, territorialisées et ventilées selon les groupes affectés. Les besoins doivent être documentés, chiffrés et traduits en demandes d’assistance technique, notamment auprès du Réseau de Santiago. Les solutions prioritaires identifiées associent systèmes d’alerte précoce, action anticipatoire, relèvement résilient, protection sociale, restauration des écosystèmes, prise en compte de la mobilité climatique et financement direct des besoins locaux. Leur efficacité dépendra de l’attention accordée aux femmes, aux enfants et aux ménages vivant dans les zones les plus exposées.
Le dialogue sur la création d’un Fonds Climat National a prolongé ces constats. Le Sénégal ne part pas de zéro. Les mécanismes déjà en place ont permis des avancées et offrent de précieux enseignements sur les pratiques à consolider comme sur les limites à corriger. La priorité n’est donc pas d’ajouter une structure isolée à l’architecture existante. La valeur ajoutée d’un futur fonds résiderait dans sa capacité à coordonner les financements, à mutualiser les ressources, à préparer un portefeuille de projets territoriaux, à fournir la contrepartie nationale et à attirer des capitaux additionnels.
Son orientation territoriale sera essentielle. Les données rappelées pendant les échanges indiquent qu’une faible part des financements climatiques atteint directement l’échelle locale et qu’une proportion encore plus réduite soutient les initiatives conduites par les communautés. Dans le même temps, les collectivités les plus vulnérables disposent souvent des capacités techniques et fiduciaires les plus faibles. Une allocation fondée uniquement sur l’ordre d’arrivée ou sur la qualité formelle des dossiers renforcerait donc les inégalités. Une formule tenant compte du niveau de vulnérabilité, une fenêtre simplifiée pour les collectivités les moins outillées et une facilité permanente d’ingénierie technique et financière permettraient de corriger ce déséquilibre. Le regroupement de projets communaux et intercommunaux pourrait également faciliter leur maturation et atteindre une taille compatible avec les exigences des bailleurs.
La gouvernance déterminera finalement la crédibilité du mécanisme. Un ancrage juridique clair, des critères d’allocation publics, une représentation effective de l’État, des collectivités, de la société civile et des communautés, ainsi qu’un audit indépendant seront indispensables. La traçabilité des flux, la publication des résultats et la redevabilité citoyenne devront être prévues dès la conception. Le fonds devra également combiner des ressources budgétaires nationales, des cofinancements publics et privés et des financements extérieurs, sans imposer de charge supplémentaire aux populations vulnérables. Son intégration dans les priorités nationales et dans le processus de décentralisation permettra de sécuriser son action dans la durée.
Cette troisième journée nous laisse ainsi un enseignement majeur. Une adaptation efficace commence par les réalités vécues, se construit avec les populations, s’inscrit dans la planification et se consolide par un financement accessible. La question n’est peut-être plus de savoir si le Sénégal a besoin d’un Fonds Climat National, mais de déterminer les conditions qui lui permettront de rapprocher durablement les ressources des besoins et de devenir un véritable accélérateur de l’action climatique.

La deuxième journée de la Climate & Energy Week 2026 a réuni les acteurs engagés dans la mise en œuvre des trois Conventions de Rio sur le climat, la diversité biologique et la lutte contre la désertification. Les travaux, organisés en sessions parallèles sur la biodiversité et la dégradation des terres, puis en plénière conjointe, ont cherché à dépasser le cloisonnement des politiques environnementales. Sur le terrain, une même pression peut réduire la productivité des sols, fragiliser les espèces, aggraver les émissions et détruire les moyens d’existence. Les réponses doivent donc être conçues dans un cadre commun, avec une gouvernance, des données et des financements mieux coordonnés.
Emmanuel S. Seck, directeur exécutif d’ENDA ENERGIE, a rappelé que les programmes nationaux d’adaptation et les programmes de lutte contre la désertification répondent, dans leurs déclinaisons locales, à des réalités très proches. Leurs différences tiennent davantage aux cadres institutionnels et aux méthodes qu’aux besoins des populations. La convergence recherchée doit par conséquent partir des dynamiques locales, associer les collectivités et respecter les principes de participation, d’équité et de subsidiarité. Elle permettrait de rationaliser les ressources publiques et d’éviter que plusieurs projets interviennent séparément sur un même écosystème.
This reflection is in line with the choice expressed in favour of profitable sustainability rather than profitability simply made sustainable. The preservation of resources must not take place after the definition of economic objectives. It must determine the very terms of the investment. This involves integrating the value of natural capital into public policies, territorial planning and financing mechanisms.
Dans la session consacrée à la biodiversité, le colonel Youssouf Diedhiou, de l’UICN, a rappelé que certaines forêts sacrées conservent une diversité biologique supérieure à celle de plusieurs forêts classées. Cet exemple montre que les modes communautaires de gestion peuvent produire des résultats solides lorsqu’ils sont reconnus et accompagnés. Les discussions ont recommandé une stratégie intégrée couvrant les milieux terrestres, marins et côtiers, ainsi qu’un cadre juridique permettant aux autorités de prendre en compte les données et les initiatives issues du terrain.
Les enseignements présentés par Aïssatou Sy, du Centre de suivi écologique, ont toutefois révélé des difficultés importantes. Dans plus de dix des treize pays couverts par l’OBAPAO, la continuité du financement constitue l’un des principaux obstacles aux programmes de restauration et d’adaptation. Les mangroves et les zones côtières concentrent une part importante des efforts recensés, mais l’insuffisance des données de suivi limite l’évaluation des progrès. La mise en place d’un observatoire de la biodiversité, alimenté par des informations nationales et communautaires, permettrait de mieux suivre l’état des écosystèmes et d’orienter les investissements.
Le problème ne réside pas uniquement dans la disponibilité des ressources internationales. Il concerne également la capacité à les transformer en interventions concrètes. Les échanges ont mis en évidence un déficit d’intermédiation financière, auquel il faut répondre par la préparation de projets bancables, le renforcement des compétences fiduciaires et la mobilisation du secteur privé. Les obligations liées à la nature, les crédits biodiversité et les financements mixtes offrent des perspectives, à condition que les banques nationales de développement et les fonds publics jouent pleinement leur rôle entre investisseurs, bailleurs et porteurs locaux.
La session sur la désertification a permis de préciser les priorités du Sénégal dans la mise en œuvre de la CNULCD. Le pays poursuit un objectif de neutralité en matière de dégradation des terres à l’horizon 2035 et s’est engagé, dans le cadre d’AFR100, à restaurer deux millions d’hectares de forêts et de terres agricoles dégradées d’ici 2030. Les données présentées par IED Afrique indiquent cependant que 17,6 % du territoire national serait actuellement dégradé, avec un niveau de confiance jugé moyen. Cette incertitude confirme la nécessité de produire davantage de données nationales sur l’occupation des sols, leur productivité et les stocks de carbone organique.
Les expériences partagées ont montré que des solutions existent déjà. À Loul Sessène, dans le Sine-Saloum, 35 % du territoire communal est constitué de terres salées, alors que 68 % des ménages dépendent de l’agriculture. Le diagnostic participatif conduit par l’IPAR a débouché sur la construction de digues anti-sel, la création de demi-lunes et le reboisement avec des espèces adaptées. Ces techniques ont permis de réduire la salinité, de récupérer des parcelles et de diversifier les cultures. Leur mise à l’échelle dépendra toutefois de la sécurisation des droits fonciers, d’un financement pluriannuel et d’un suivi régulier des rendements.
Les résultats présentés par Enda Pronat et la DyTAES ont également confirmé le rôle de l’agroécologie dans la restauration des sols. Dans plusieurs communes de Fatick, la densité d’arbres est passée de 8 à 39 pieds par hectare grâce à une intervention sur des parcelles contiguës, soutenue par des conventions locales. À Ndiob, plus de 500 producteurs ont été formés à la technique du zaï. Ces expériences démontrent que l’agroécologie ne relève pas seulement d’un choix agricole. Elle contribue simultanément à la fertilité des terres, à la séquestration du carbone, à la biodiversité et à la sécurité alimentaire.
Le pastoralisme a été présenté comme une autre réponse structurante. Dans le Ferlo, qui concentre près des deux tiers du cheptel national, les unités pastorales organisent l’accueil des transhumants, la gestion de l’eau, la prévention des feux de brousse, la santé animale et la résolution des conflits. Elles ont amélioré la gouvernance des parcours, mais restent confrontées au manque de moyens, aux pressions foncières et à l’insuffisance de protection juridique. Les recommandations ont porté sur la finalisation des décrets d’application du Code pastoral, la réhabilitation des couloirs de transhumance et la sécurisation d’espaces stratégiques comme le Ranch de Doli.
La présentation du GRET sur les Niayes a, pour sa part, attiré l’attention sur les risques de maladaptation. L’amélioration de l’efficacité des systèmes d’irrigation, notamment par le goutte-à-goutte, les motopompes ou le solaire, n’entraîne pas automatiquement une baisse des prélèvements. Elle peut encourager l’extension des surfaces cultivées et accroître la pression sur les nappes. La gestion de l’eau doit donc reposer sur sa disponibilité réelle, un contrôle renforcé des forages, des règles de partage équitables et un suivi associant les usagers.
Ces expériences ont directement alimenté les priorités de négociation pour la COP17 de la CNULCD. Le Groupe Afrique défend notamment un instrument juridiquement contraignant sur la sécheresse, assorti d’engagements, d’un mécanisme financier dédié et d’obligations de suivi. La sécurité foncière, la protection des parcours pastoraux, les tempêtes de sable et de poussière, le genre et la participation de la société civile figurent également parmi les sujets à porter. La sécurisation des droits des femmes reste particulièrement importante, car celles-ci contribuent fortement aux activités de restauration sans toudays disposer d’un accès garanti aux terres récupérées ni aux instances de décision.
La plénière conjointe a enfin rapproché ces enseignements des questions de financement et d’équité carbone. Les communautés et les collectivités qui assurent la restauration, la conservation et la séquestration du carbone doivent bénéficier des retombées économiques générées. La valeur environnementale créée ne peut pas être captée principalement par les institutions intermédiaires. Cela exige des règles transparentes de partage des bénéfices, une participation locale aux décisions et des mécanismes permettant de vérifier que les annonces financières deviennent des investissements effectifs.
La journée s’est conclue par l’adoption d’une feuille de route en appui au Point focal national de la CNULCD. Elle prévoit la consolidation de messages communs, une coordination régulière entre l’État, les collectivités et les organisations de la société civile, ainsi que la préparation d’interventions, d’événements parallèles et de contributions au Bulletin ECO. La création d’un cadre national de concertation des acteurs non étatiques doit permettre de relier plus efficacement les expériences locales aux positions défendues par le Sénégal.
L’enseignement principal est que la synergie entre les trois Conventions de Rio ne peut plus rester un principe général. Elle doit se traduire par des plans intégrés, un dispositif permanent de suivi, des financements accessibles et une représentation effective des populations concernées. Restaurer des terres, protéger la biodiversité et renforcer l’adaptation répondent à une même finalité. Il s’agit de préserver les bases écologiques du développement tout en améliorant durablement les conditions de vie.

Une politique climatique ne devient réellement utile que lorsqu’elle rencontre un territoire, ses institutions, ses ressources et les connaissances de celles et ceux qui y vivent. C’est autour de cette réalité que s’est ouverte, le 20 juillet 2026 à Dakar, la cinquième édition de la Climate & Energy Week organisée par ENDA ENERGIE et ses partenaires. Placée sous le thème général « Sustainably transforming our territories: knowledge, power, climate action », cette édition entend rapprocher la production de connaissances, la gouvernance, le financement et l’engagement citoyen afin d’accélérer la sobriété carbone, la résilience et la neutralité en matière de dégradation des terres.
Dedicated to education, training, financing and community actions, this first day focused on a key question: what place do we give to education in development planning and in preparing populations for climate change?
Discussions quickly shifted to issues that went far beyond awareness-raising. It is no longer enough to inform about the risks. Education systems must also promote behaviour change, develop appropriate skills and give citizens the ability to participate in decisions that affect their future.
Une interrogation formulée pendant les échanges a particulièrement marqué les esprits. Après nous être longtemps demandé quelle planète nous laisserons à nos enfants, nous devons aussi nous demander quels enfants nous laisserons à la planète. Cette inversion oblige à repenser la finalité de l’éducation climatique. Former les nouvelles générations revient à leur permettre de comprendre les interactions entre climat, énergie, biodiversité, ressources naturelles et développement économique.
It also means preparing them to arbitrate, propose solutions and assume responsibilities in a context where the choices made today will have lasting consequences.
The opening interventions recalled that the answers cannot be constructed separately for each of the international conventions.Pascal CORRÉA Program Coordinator in ENDA ENERGY :a summarizes this orientation by stating that"it is not a question of meeting each of the conventions, but rather of meeting the needs of the communities". International frameworks on climate, biodiversity and desertification must therefore converge towards coherent territorial responses. This approach avoids the fragmentation of interventions and puts people's concerns back at the centre of public policies.
Sustainable Chairman of RPRG COMNACC a structuré cette exigence autour de trois dimensions indissociables que sont la connaissance, la gouvernance et l’action. La première permet de comprendre les phénomènes, de documenter les vulnérabilités et d’identifier les réponses existantes. La deuxième organise la participation, la décision et la coordination entre institutions. La troisième traduit les stratégies en réalisations concrètes. Sans ce passage à la mise en œuvre, les plans, les engagements et les cadres réglementaires restent éloignés des difficultés vécues. Comme cela a été rappelé, les réponses au changement climatique ne se limitent pas aux salles de négociation. Elles se construisent aussi dans les échanges avec les communautés et dans la manière dont leurs priorités sont prises en compte.
Le premier panel a approfondi cette réflexion en examinant le dialogue entre acteurs communautaires, universités et centres de recherche dans la documentation des connaissances endogènes et locales. Les populations disposent d’informations précieuses issues de l’observation, de la mémoire collective et de l’expérimentation. Les changements dans les calendriers agricoles, la disponibilité de l’eau, la fertilité des sols, les ressources halieutiques ou encore l’évolution de la biodiversité sont souvent perçus et interprétés bien avant leur formalisation dans des études.
However, this knowledge remains insufficiently recognized in research mechanisms, educational content and planning mechanisms. Pierre Seni Thiaw, project manager at ENDA ENERGIE, zone suda rappelé à ce propos qu’« à ENDA ÉNERGIE, notre vocation est de mettre en avant les connaissances locales afin que les chercheurs fassent ce travail de vérification et de validation ». La démarche ne consiste donc pas à opposer science et expérience communautaire. Elle vise à les mettre en dialogue. Les méthodes scientifiques apportent la formalisation, la traçabilité et la vérification, tandis que les populations contribuent par leur connaissance quotidienne des milieux, des pratiques et des changements observés sur le long terme.
Cette collaboration doit toutefois éviter de réduire les communautés à de simples sources d’information. Leur participation doit couvrir toute la chaîne de production des connaissances, depuis l’identification des questions de recherche jusqu’à l’interprétation des résultats et leur utilisation. Une telle approche améliore la pertinence des travaux scientifiques, renforce leur appropriation et facilite leur traduction en solutions applicables. Elle permet également de conserver et de transmettre des pratiques qui risquent de disparaître lorsqu’elles ne sont ni documentées ni enseignées.
The second panel extended this reflection by focusing on the integration of local initiatives into development strategies. Documenting a practice is not enough if it remains absent from territorial diagnoses, development plans, public budgets and investment decisions. real challenge is to turn available knowledge into useful planning elements. This implies removing institutional, regulatory, normative and financial constraints that still limit their recognition.
L’intercommunalité et la co-construction ont été présentées comme des bases importantes de cette transformation. Les effets du dérèglement climatique dépassent les limites administratives d’une commune. La gestion d’un bassin versant, d’une zone côtière, d’un espace agricole ou d’un écosystème partagé exige donc une coordination entre plusieurs collectivités. La planification doit également associer les services techniques, les organisations communautaires, les chercheurs, les acteurs économiques ainsi que les femmes et les jeunes afin de mieux relier les politiques nationales aux réalités locales.
La question du financement a occupé une place centrale dans cette réflexion. Mme Niang, directrice de la DID, a insisté sur le lien entre résilience climatique et résilience économique. Une communauté dépourvue de ressources financières, d’activités économiques solides ou d’un accès suffisant aux services énergétiques dispose de capacités limitées pour anticiper les risques, protéger ses moyens d’existence et se relever après un choc. La durabilité exige par conséquent d’agir sur l’ensemble de l’écosystème, en associant protection de l’environnement, accès à l’énergie, création de revenus, infrastructures adaptées et inclusion sociale.
This reading is in line with the nexus approach mentioned by Secou Sarr, Secretaryexecutive of ENDA-TM. Water, energy and climate cannot be treated as independent sectors. Difficulty in accessing energy can reduce the irrigation, processing or preservation capacities of products. Increased pressure on water resources can undermine agriculture, livestock and health. The response must therefore anticipate these interactions and seek solutions capable of producing several benefits at once.
Secou Sarr a également placé le pouvoir d’agir au centre de la transformation recherchée. Une connaissance ne produit des résultats durables que lorsqu’elle permet aux populations de décider, d’influencer les politiques et de conduire leurs propres initiatives. Cette capacité suppose un accès à l’information, aux espaces de concertation, aux financements et aux institutions. Elle nécessite surtout une présence effective des femmes et des jeunes dans les processus de décision. Leur participation ne doit pas être symbolique. Elle doit leur permettre de contribuer à la définition des priorités, à l’allocation des ressources et au suivi des engagements.
The third panel examined the role of education and training in building eco-citizenship. The school appears here as a bridge between understanding, responsibility and practice. An education for change adapted climate cannot be based solely on theoretical content. It must be based on local realities, community experiences, practical exercises and concrete problem-solving. It must also concern the entire educational process, from early learning to higher education and vocational training.
Ababacar Lo, du ministère de l’Éducation nationale, a souligné la nécessité d’associer le ministère dès la conception des programmes destinés aux enfants et au secteur éducatif. Cette implication permet d’orienter les interventions, d’en assurer le suivi et de préserver les acquis après la fin d’un projet ou l’épuisement de son budget. Cette remarque touche à une faiblesse récurrente de nombreuses initiatives. Lorsqu’un programme reste extérieur aux institutions publiques, ses outils et ses résultats risquent de disparaître avec son financement. Leur intégration dans les curricula, les mécanismes de formation des enseignants et les dispositifs de suivi constitue donc une condition de pérennité.
À l’approche de la COP31 sur le climat et des COP17 sur la biodiversité et la désertification, les enseignements de cette journée ont également une portée internationale. L’Afrique doit défendre des positions fondées sur les expériences de ses communautés, les aspirations de sa jeunesse et les solutions développées localement. La qualité de cette contribution dépendra de la capacité des acteurs à documenter les pratiques, à les consolider par la recherche et à les traduire en propositions politiques crédibles.
Cette première journée a finalement donné un contenu concret au triptyque qui structure la Climate & Energy Week 2026. Le savoir permet de comprendre et de choisir. Le pouvoir donne aux populations et aux institutions les moyens de décider. L’action rend la transformation visible dans les conditions de vie, les services, les pratiques et les écosystèmes. Si l’un de ces éléments manque, les réponses restent incomplètes. A sustainable transition cannot succeed without capacity building, adapted funding, the involvement of local actors and a real institutionalization of approaches within the territories.