
Faire converger climat, biodiversité et désertification à partir des réalités locales

La deuxième journée de la Climate & Energy Week 2026 a réuni les acteurs engagés dans la mise en œuvre des trois Conventions de Rio sur le climat, la diversité biologique et la lutte contre la désertification. Les travaux, organisés en sessions parallèles sur la biodiversité et la dégradation des terres, puis en plénière conjointe, ont cherché à dépasser le cloisonnement des politiques environnementales. Sur le terrain, une même pression peut réduire la productivité des sols, fragiliser les espèces, aggraver les émissions et détruire les moyens d’existence. Les réponses doivent donc être conçues dans un cadre commun, avec une gouvernance, des données et des financements mieux coordonnés.
Emmanuel S. Seck, directeur exécutif d’ENDA ENERGIE, a rappelé que les programmes nationaux d’adaptation et les programmes de lutte contre la désertification répondent, dans leurs déclinaisons locales, à des réalités très proches. Leurs différences tiennent davantage aux cadres institutionnels et aux méthodes qu’aux besoins des populations. La convergence recherchée doit par conséquent partir des dynamiques locales, associer les collectivités et respecter les principes de participation, d’équité et de subsidiarité. Elle permettrait de rationaliser les ressources publiques et d’éviter que plusieurs projets interviennent séparément sur un même écosystème.
Cette réflexion rejoint le choix exprimé en faveur d’une durabilité profitable plutôt que d’une profitabilité simplement rendue durable. La préservation des ressources ne doit pas intervenir après la définition des objectifs économiques. Elle doit déterminer les conditions mêmes de l’investissement. Cela suppose d’intégrer la valeur du capital naturel dans les politiques publiques, la planification territoriale et les mécanismes de financement.
Dans la session consacrée à la biodiversité, le colonel Youssouf Diedhiou, de l’UICN, a rappelé que certaines forêts sacrées conservent une diversité biologique supérieure à celle de plusieurs forêts classées. Cet exemple montre que les modes communautaires de gestion peuvent produire des résultats solides lorsqu’ils sont reconnus et accompagnés. Les discussions ont recommandé une stratégie intégrée couvrant les milieux terrestres, marins et côtiers, ainsi qu’un cadre juridique permettant aux autorités de prendre en compte les données et les initiatives issues du terrain.
Les enseignements présentés par Aïssatou Sy, du Centre de suivi écologique, ont toutefois révélé des difficultés importantes. Dans plus de dix des treize pays couverts par l’OBAPAO, la continuité du financement constitue l’un des principaux obstacles aux programmes de restauration et d’adaptation. Les mangroves et les zones côtières concentrent une part importante des efforts recensés, mais l’insuffisance des données de suivi limite l’évaluation des progrès. La mise en place d’un observatoire de la biodiversité, alimenté par des informations nationales et communautaires, permettrait de mieux suivre l’état des écosystèmes et d’orienter les investissements.
Le problème ne réside pas uniquement dans la disponibilité des ressources internationales. Il concerne également la capacité à les transformer en interventions concrètes. Les échanges ont mis en évidence un déficit d’intermédiation financière, auquel il faut répondre par la préparation de projets bancables, le renforcement des compétences fiduciaires et la mobilisation du secteur privé. Les obligations liées à la nature, les crédits biodiversité et les financements mixtes offrent des perspectives, à condition que les banques nationales de développement et les fonds publics jouent pleinement leur rôle entre investisseurs, bailleurs et porteurs locaux.
La session sur la désertification a permis de préciser les priorités du Sénégal dans la mise en œuvre de la CNULCD. Le pays poursuit un objectif de neutralité en matière de dégradation des terres à l’horizon 2035 et s’est engagé, dans le cadre d’AFR100, à restaurer deux millions d’hectares de forêts et de terres agricoles dégradées d’ici 2030. Les données présentées par IED Afrique indiquent cependant que 17,6 % du territoire national serait actuellement dégradé, avec un niveau de confiance jugé moyen. Cette incertitude confirme la nécessité de produire davantage de données nationales sur l’occupation des sols, leur productivité et les stocks de carbone organique.
Les expériences partagées ont montré que des solutions existent déjà. À Loul Sessène, dans le Sine-Saloum, 35 % du territoire communal est constitué de terres salées, alors que 68 % des ménages dépendent de l’agriculture. Le diagnostic participatif conduit par l’IPAR a débouché sur la construction de digues anti-sel, la création de demi-lunes et le reboisement avec des espèces adaptées. Ces techniques ont permis de réduire la salinité, de récupérer des parcelles et de diversifier les cultures. Leur mise à l’échelle dépendra toutefois de la sécurisation des droits fonciers, d’un financement pluriannuel et d’un suivi régulier des rendements.
Les résultats présentés par Enda Pronat et la DyTAES ont également confirmé le rôle de l’agroécologie dans la restauration des sols. Dans plusieurs communes de Fatick, la densité d’arbres est passée de 8 à 39 pieds par hectare grâce à une intervention sur des parcelles contiguës, soutenue par des conventions locales. À Ndiob, plus de 500 producteurs ont été formés à la technique du zaï. Ces expériences démontrent que l’agroécologie ne relève pas seulement d’un choix agricole. Elle contribue simultanément à la fertilité des terres, à la séquestration du carbone, à la biodiversité et à la sécurité alimentaire.
Le pastoralisme a été présenté comme une autre réponse structurante. Dans le Ferlo, qui concentre près des deux tiers du cheptel national, les unités pastorales organisent l’accueil des transhumants, la gestion de l’eau, la prévention des feux de brousse, la santé animale et la résolution des conflits. Elles ont amélioré la gouvernance des parcours, mais restent confrontées au manque de moyens, aux pressions foncières et à l’insuffisance de protection juridique. Les recommandations ont porté sur la finalisation des décrets d’application du Code pastoral, la réhabilitation des couloirs de transhumance et la sécurisation d’espaces stratégiques comme le Ranch de Doli.
La présentation du GRET sur les Niayes a, pour sa part, attiré l’attention sur les risques de maladaptation. L’amélioration de l’efficacité des systèmes d’irrigation, notamment par le goutte-à-goutte, les motopompes ou le solaire, n’entraîne pas automatiquement une baisse des prélèvements. Elle peut encourager l’extension des surfaces cultivées et accroître la pression sur les nappes. La gestion de l’eau doit donc reposer sur sa disponibilité réelle, un contrôle renforcé des forages, des règles de partage équitables et un suivi associant les usagers.
Ces expériences ont directement alimenté les priorités de négociation pour la COP17 de la CNULCD. Le Groupe Afrique défend notamment un instrument juridiquement contraignant sur la sécheresse, assorti d’engagements, d’un mécanisme financier dédié et d’obligations de suivi. La sécurité foncière, la protection des parcours pastoraux, les tempêtes de sable et de poussière, le genre et la participation de la société civile figurent également parmi les sujets à porter. La sécurisation des droits des femmes reste particulièrement importante, car celles-ci contribuent fortement aux activités de restauration sans toudays disposer d’un accès garanti aux terres récupérées ni aux instances de décision.
La plénière conjointe a enfin rapproché ces enseignements des questions de financement et d’équité carbone. Les communautés et les collectivités qui assurent la restauration, la conservation et la séquestration du carbone doivent bénéficier des retombées économiques générées. La valeur environnementale créée ne peut pas être captée principalement par les institutions intermédiaires. Cela exige des règles transparentes de partage des bénéfices, une participation locale aux décisions et des mécanismes permettant de vérifier que les annonces financières deviennent des investissements effectifs.
La journée s’est conclue par l’adoption d’une feuille de route en appui au Point focal national de la CNULCD. Elle prévoit la consolidation de messages communs, une coordination régulière entre l’État, les collectivités et les organisations de la société civile, ainsi que la préparation d’interventions, d’événements parallèles et de contributions au Bulletin ECO. La création d’un cadre national de concertation des acteurs non étatiques doit permettre de relier plus efficacement les expériences locales aux positions défendues par le Sénégal.
L’enseignement principal est que la synergie entre les trois Conventions de Rio ne peut plus rester un principe général. Elle doit se traduire par des plans intégrés, un dispositif permanent de suivi, des financements accessibles et une représentation effective des populations concernées. Restaurer des terres, protéger la biodiversité et renforcer l’adaptation répondent à une même finalité. Il s’agit de préserver les bases écologiques du développement tout en améliorant durablement les conditions de vie.