Faire converger les agendas de Rio et porter une voix africaine commune
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Faire converger les agendas de Rio et porter une voix africaine commune

27 juillet 2026 · Enda Climate Week · 6 min de lecture

La cinquième journée de la Semaine Climat et Énergie 2026 a servi de passerelle entre les enseignements de la semaine et les prochaines négociations internationales sur le climat, la biodiversité et la désertification. Elle a réuni des institutions publiques, des représentations diplomatiques, des organisations de la société civile et des partenaires autour d’un même objectif : transformer les réalités vécues dans les territoires en positions capables d’influencer les décisions internationales. Emmanuel Seck a rappelé que la Semaine constitue un véritable espace de dialogue et que l’action climatique, lorsqu’elle répond aux priorités des populations, peut devenir un levier de développement.

Cette dimension politique a été renforcée par les interventions des ambassades de Turquie et de Norvège. À l’approche de la COP31, l’ambassadrice de Turquie a insisté sur le multilatéralisme et la solidarité internationale comme fondements d’une réponse climatique crédible. La Norvège a, pour sa part, rappelé l’importance de transformer la gouvernance et de construire les solutions avec les acteurs concernés, notamment à travers le projet sur la transition juste mis en œuvre avec ENDA ENERGIE. Fadel Diop, au nom d’Oxfam et des partenaires, a réaffirmé cette volonté de collaboration, indispensable pour faire progresser des positions africaines communes.

La préparation des prochaines COP ne peut toutefois pas se limiter à une lecture des agendas de négociation. Les pays africains attendent des avancées concrètes sur la qualité et l’accessibilité des financements, les indicateurs de l’Objectif mondial en matière d’adaptation et l’opérationnalisation des mécanismes de transition juste. Il ne suffit plus de prolonger les dialogues ou de renouveler les engagements. Les moyens de mise en œuvre doivent permettre aux pays du Sud de financer leur adaptation, d’accéder à des services énergétiques propres et de protéger les populations déjà exposées aux sécheresses, aux inondations, à l’érosion côtière et aux vagues de chaleur.

La table ronde consacrée aux enjeux croisés de la COP31 et des deux COP17 a rappelé que les conventions sur le climat, la biodiversité et la désertification répondent à des crises étroitement liées. Mamadou Ngong Touré, rejoint dans cette analyse par Abibou Sané, a utilisé une image particulièrement juste. « Les trois sœurs de Rio ne devraient pas aller l’une sans l’autre. » Une politique climatique qui néglige les terres et la biodiversité risque de déplacer les pressions plutôt que de les réduire. De la même manière, la restauration des écosystèmes contribue simultanément à l’adaptation, au stockage du carbone, à la neutralité en matière de dégradation des terres et à la préservation des moyens d’existence.

Alioune Gory Diouf, ministre de l’Environnement et de la Transition écologique, a rappelé que le changement climatique accélère la dégradation des terres. « Lorsque les terres se dégradent, ce sont les conditions de vie des populations qui changent. » La baisse de la fertilité des sols affecte les rendements, les revenus et la sécurité alimentaire. La disparition du couvert végétal renforce l’érosion, réduit la disponibilité de l’eau et fragilise la biodiversité. Les réponses doivent donc associer restauration des terres, gestion durable des ressources naturelles, adaptation des systèmes agricoles et financement des communautés qui assurent quotidiennement la protection de ces écosystèmes.

Une contribution spécifique a porté sur le rôle de la société civile africaine dans le développement de marchés carbone équitables. Ces mécanismes peuvent soutenir l’action climatique et mobiliser des ressources supplémentaires, mais leur crédibilité repose sur des conditions rigoureuses. Les réductions d’émissions doivent être réelles, additionnelles et mesurables, avec des systèmes fiables de suivi, de notification et de vérification. Les règles de comptabilisation doivent éviter le double comptage, tandis que les droits fonciers, le consentement des populations et les mécanismes de partage des bénéfices doivent être garantis.

Pour l’Afrique, la question n’est donc pas seulement de participer aux marchés carbone, mais de déterminer à quelles conditions cette participation peut financer le développement local sans transférer aux communautés les risques liés aux projets. Les revenus générés doivent soutenir les priorités des territoires, renforcer les capacités locales et couvrir les coûts de suivi sur toute la durée des activités. La possibilité de recourir à des fonds fiduciaires a été évoquée pour sécuriser et redistribuer les ressources. Un tel dispositif n’aurait cependant de sens qu’avec une gouvernance multipartite, des règles d’allocation publiques, des audits indépendants et une traçabilité permettant de vérifier la part qui revient effectivement aux populations.

La restitution présentée par Fadél DIOP d’OXFAM a permis de relire les cinq journées comme les composantes d’un même processus. La connaissance et l’éducation doivent renforcer le pouvoir d’agir. Les conventions de Rio doivent être traduites en interventions coordonnées. L’adaptation menée localement doit être soutenue par une planification et un financement accessibles. La transition énergétique doit produire de la valeur, des compétences et des emplois décents. Enfin, les positions défendues dans les négociations doivent s’appuyer sur des résultats observables dans les communautés.

Le dialogue interactif a ainsi contribué à la co-construction de messages de la société civile sur les enjeux des prochaines COP. Ces positions appellent à une meilleure cohérence entre les engagements internationaux, les politiques nationales et les besoins locaux. Elles insistent également sur la participation significative des collectivités, des femmes, des jeunes, des organisations communautaires et des peuples directement affectés. Leur présence ne doit pas se limiter aux consultations. Elle doit influencer les priorités, les mécanismes de financement, les indicateurs de suivi et l’évaluation des résultats.

La cérémonie de clôture a aussi ouvert une réflexion sur l’avenir de la Semaine Climat et énergie. Samba Dang, député à l’assemblée nationale du Sénégal, a proposé d’évaluer les éditions précédentes avant de retenir la période du 12 au 17 juillet pour la prochaine rencontre. Il a également suggéré d’organiser l’événement dans une zone d’intervention d’ENDA afin de rapprocher les débats des initiatives et d’observer directement les résultats. Une autre recommandation a porté sur l’élargissement de la Semaine et sur une nouvelle articulation entre le marketplace et les panels. Donner davantage de place aux démonstrations, aux solutions communautaires et aux retours d’expérience rendrait les discussions plus concrètes et faciliterait la mise en relation entre porteurs d’initiatives, décideurs et partenaires financiers.

Cette cinquième journée clôt une semaine de discussions, mais elle ouvre surtout un travail de suivi. L’enjeu est désormais de transformer les recommandations en positions communes, les positions en décisions et les décisions en actions visibles. La voix africaine gagnera en influence si elle relie clairement justice climatique, financement, protection de la biodiversité, restauration des terres et transition énergétique. C’est à partir de cette cohérence, construite avec les territoires, que les prochaines COP pourront devenir de véritables espaces de transformation.

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