Faire de la transition énergétique un projet industriel, social et territorial
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Faire de la transition énergétique un projet industriel, social et territorial

27 juillet 2026 · Enda Climate Week · 6 min de lecture

La quatrième journée de la Semaine Climat et Énergie 2026 a replacé la transition énergétique dans une perspective plus large que le seul remplacement des énergies fossiles par les renouvelables. Pour le Sénégal, l’enjeu est de construire un système énergétique compétitif et sobre en carbone, tout en soutenant l’industrialisation, la création d’emplois décents et l’accès universel à l’énergie. Cette ambition s’inscrit dans la Vision Sénégal 2050, les contributions déterminées au niveau national, la Stratégie de développement à faible émission de carbone, le Partenariat pour une transition énergétique juste et les orientations sectorielles relatives à l’énergie et aux mines.

Le professeur Cheikh Mouhamed Fadel Kébé de l’ESP a rappelé un principe essentiel. « La transformation, ce n’est pas seulement de la technique. Elle touche les modèles de production, de distribution et de consommation d’énergie ainsi que les rapports de pouvoir qui les sous-tendent. » La transition ne peut donc pas être évaluée uniquement à travers le nombre de centrales solaires installées ou la part des renouvelables dans le mix énergétique. Elle doit également être appréciée au regard de la gouvernance des ressources, de la répartition des bénéfices, de la participation des communautés et de la capacité du pays à maîtriser les technologies mobilisées.

Cette transformation doit partir des réalités locales. Jean Pascal CORRÉA, coordonnateur des programmes à ENDA ENERGIE a insisté sur la nécessité de « valoriser ce qui se passe dans nos territoires » et de l’inscrire dans les priorités de développement. Les solutions développées par les collectivités, les entreprises locales et les communautés ne doivent pas rester à la périphérie des politiques publiques. Elles peuvent contribuer à l’électrification, à l’efficacité énergétique, à la résilience des activités économiques et à la réduction des émissions lorsqu’elles sont documentées, financées et intégrées à la planification nationale. Les savoirs locaux, comme l’a souligné le professeur Kébé, ont toujours existé. Leur reconnaissance permet d’éviter que la transition soit conçue uniquement à partir de technologies importées et de modèles éloignés des usages réels.

La réflexion sur les minéraux critiques a montré la dimension matérielle de cette transformation. Les batteries, les panneaux solaires, les éoliennes, les véhicules électriques et les réseaux électriques reposent sur des matières telles que le lithium, le cobalt, le nickel, le cuivre, le graphite et les terres rares. Nous utilisons quotidiennement ces ressources sans toujours nous interroger sur leur origine. Or, une part importante provient du continent africain. Un minerai n’est pas critique par nature. Il le devient lorsque son rôle dans une chaîne de valeur est essentiel et que son approvisionnement présente un risque économique, industriel ou géopolitique.

La croissance de la demande mondiale place ainsi les pays africains au centre de nouvelles chaînes de valeur, sans garantir qu’ils en retireront automatiquement les principaux bénéfices. Pour le Sénégal, qui dispose notamment de zircon, de phosphates, d’or, de fer et d’autres ressources stratégiques, la question centrale est celle de la valeur créée sur le territoire. Exporter les matières premières puis importer les équipements finis maintiendrait une dépendance technologique et limiterait les retombées sur l’emploi. L’enjeu consiste à développer progressivement la transformation locale, la fourniture de services industriels, la recherche, la maintenance et les compétences nécessaires à une véritable trajectoire d’industrialisation.

Cette ambition doit cependant rester compatible avec les objectifs climatiques et les exigences de protection de l’environnement. Comme l’a indiqué Demba Gaye, la stratégie minière et la révision du Code minier doivent avancer ensemble. Le cadre réglementaire doit accompagner la vision industrielle, préciser les responsabilités des entreprises et renforcer les garanties environnementales et sociales. Il doit également encourager les exploitations à réduire leurs émissions grâce aux énergies renouvelables, à l’efficacité énergétique, à l’électrification des procédés et à des technologies moins polluantes. La réduction de l’empreinte carbone ne peut pas servir à déplacer les pressions vers les terres, l’eau, la biodiversité ou les communautés riveraines.

La gouvernance des ressources apparaît dès lors comme une condition de réussite. La transparence sur les contrats, les revenus, les bénéficiaires effectifs, les impacts environnementaux et les émissions doit permettre aux citoyens de suivre les engagements et les résultats. Le dispositif de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives constitue une base importante, mais celle-ci doit être reliée aux politiques industrielles, énergétiques, climatiques et territoriales. La cohérence entre ces différents cadres évitera que les objectifs de production, de décarbonation et de développement local évoluent séparément.

Le deuxième panel a interrogé le financement de cette transformation dans un contexte marqué par le poids de la dette et le coût élevé du capital dans les pays du Sud. Une transition reposant principalement sur des emprunts coûteux pourrait améliorer les infrastructures énergétiques tout en réduisant les marges budgétaires nécessaires à la santé, à l’éducation ou à la protection sociale. Les partenariats doivent donc répartir les risques de manière plus équitable, mobiliser davantage de ressources concessionnelles et orienter les financements privés vers des investissements conformes aux priorités nationales. La sobriété carbone suppose, en parallèle, de réduire les pertes, d’améliorer l’efficacité des systèmes et d’éviter des choix technologiques surdimensionnés ou inadaptés aux besoins.

La qualité des partenariats sera aussi déterminante que les volumes financiers mobilisés. Un partenariat réellement stratégique ne peut se limiter à l’extraction d’une ressource ou à l’achat d’un équipement. Il doit prévoir le transfert de technologies, le développement de fournisseurs nationaux, la formation des travailleurs, le soutien à la recherche et une participation équitable des acteurs locaux. Les pays producteurs doivent pouvoir négocier leur place dans les chaînes de valeur, plutôt que d’assumer les impacts environnementaux, tandisque l’essentiel de la transformation industrielle et des revenus se concentre ailleurs.

Le dialogue sur les emplois durables a enfin rappelé qu’une transition peut créer de nouvelles activités tout en fragilisant certains métiers. Les effets de l’automatisation, de l’évolution technologique et de la restructuration des secteurs doivent être anticipés. Il ne suffit pas de compter les emplois annoncés. Il faut examiner leur stabilité, leur rémunération, leurs conditions de sécurité, leur couverture sociale et leur accessibilité aux femmes et aux jeunes. La cartographie des compétences, l’adaptation de la formation professionnelle, la reconversion des travailleurs et le dialogue social doivent précéder les transformations, plutôt que d’intervenir après les pertes d’emploi.

Cette journée nous aura finalement appris qu’une transition juste ne consiste pas seulement à produire une énergie plus propre. Elle doit permettre au Sénégal de renforcer sa souveraineté énergétique, de transformer davantage ses ressources, de réduire l’empreinte carbone de ses industries et de créer des emplois de qualité. Si les minéraux nécessaires aux technologies de demain proviennent en grande partie d’Afrique, leur exploitation doit aussi contribuer au développement du continent. La réussite se mesurera donc à la capacité de convertir les ressources naturelles en compétences, en valeur locale, en services énergétiques accessibles et en améliorations concrètes pour les communautés.

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